Nicolas de Cues a écrit en 1463 une méditation entièrement appuyée sur un jeu, le De ludo globi, le jeu de la boule. Une spirale est tracée à la craie sur un sol plat. Le maître du jeu dispose dessus dix quilles, les dix obstacles qu’il faut contourner sans les renverser. On lance une boule de bois dissymétrique, appelée « globus », une sorte de trois quarts de sphère, lancée pour effectuer un mouvement hélicoïdal. Le but est d’atteindre le centre de la spirale sans renverser les quilles.

Chaque joueur vient à son tour à l’entrée de la spirale et lance le globe à sa manière. Il faut tenir compte de trois facteurs : la force du lancer, l’angle d’entrée et la position du globe. Si le lancer est trop fort, on risque d’envoyer le globe immédiatement en-dehors de la spirale et il faut revenir au point de départ. Si le lancer est trop faible, le globe n’entre pas assez à l’intérieur de la spirale. Si l’angle d’attaque est trop tangent à la courbure, le globe suit une trajectoire rectiligne et sort de la spirale. Si l’angle est trop perpendiculaire, c’est-à-dire si le globe est envoyé vers le centre de la spirale, il la coupe et renverse les quilles. Enfin, pour rouler, le globe doit avoir sa partie creuse sur le côté et non en dessous ou au-dessus. C’est un jeu finalement très compliqué, réclamant habileté et entraînement, très décourageant au début. Il faut beaucoup de pratique pour maîtriser tous les paramètres du lancer.

Nicolas de Cues se sert de cet exemple pour parler de la vie. La boule, c'est chacun d'entre nous. Le centre du jeu, c'est le but de la vie. Les quilles sont tous les obstacles que nous devons éviter pour atteindre notre but.

 

in Lettres aux moines de Tegernsee sur la docte ignorance (1452-1456), suivies de Du jeu de la boule (1463), trad. Maurice de Gandillac, Paris, O.E.I.L., Coll. Sagesse chrétienne, 1985.